Stéphanie SOLINAS, Antivisage

Michel Poivert

2013

introduction text to Déserteurs exhibition

13.04-26.06.13, La Jetée Gallery, Marseilles

Marseille-Provence 2013







In three stages, Stéphanie Solinas has developed an artistic exploration of identity. At each step, she invents and challenges the systems that make others’ faces into a utopia.


In Dominique Lambert, Solinas defines a collection of several people sharing the same name and generates a photofit image for each person based on a questionnaire they agreed to fill in. She then photographs an actor whose features resemble those of the photofit image. The real face of each Dominique Lambert is hidden behind this alias obtained by scrupulously respecting a method approaching the absurd.


The most meticulous methods can also lead to logical errors when it comes to identifying individuals. This is the message behind the ironical tribute to Alphonse Bertillon, who invented a system for classifying criminal suspects in the late 19th century. Here, he is trapped in his own game: the pages of a book featuring facets of his face can be cut out and folded to create a three-dimensional image. This exposes the illusion that underlies all normative portraits – they are but masks.


Déserteurs, the last stage in this exploration of identity, once again tries to count souls.  The deceased that had hoped to survive posthumously by having their pictures appear on their tombstones also lose their identity over time. The artist’s photographs of this final disappearance are like a gallery of missing portraits.


Solinas begins procedures – she is taken over by the spirit of the Civil Register. She records Dominique Lamberts, she fictionalises the defender of physical anthropology, she archives the remains of those who have disappeared. From the maternity to the morgue, she creates a new vision of our world, where faces are seen as the ultimate reflection of individuality.  She is fascinated by picturing identity – to the point of creating the anti-visage (anti-face).

En trois volets, l'artiste propose l'exploration poétique de l'identité. A chaque étape, Stéphanie Solinas invente et déjoue des systèmes qui confèrent aux Visages des Autres le statut d'une utopie. 


Dans Dominique Lambert, elle établit selon le principe d'un recensement national une collection d'homonymes qui ont de bonne grâce répondu à un portrait chinois, à partir duquel leur portrait robot a été dressé - et dont l'artiste donne un équivalent en photographiant un acteur aux traits approchant. Le véritable visage de chaque Dominique Lambert reste occulté au profit de cet alias produit par  une méthode observée jusqu'à l'absurde.


Lorsqu'il s'agit de reconnaître les êtres singuliers, les protocoles les plus méticuleux conduisent à une impasse logique. C'est ce que l'hommage ironique rendu à Alphonse Bertillon dit à sa manière. L'inventeur de l'identité judiciaire, amateur de fiches et de portraits à la fin du XIXe siècle, se trouve pris à son propre jeu : un livre contenant les facettes de son visage permet par le jeu de la découpe de recomposer ses traits en trois dimensions, exposant in fine l'illusion de tout portrait normatif : un masque.


Il s'agit encore de mener à bien le décompte des âmes : Déserteurs clôt le cycle infernal de l'identité. Croyant survivre par le jeu de leur portrait photographique scellé au fronton de leur tombe, les défunts sont nombreux à perdre leur ultime visage. L'artiste photographie cette disparition définitive comme une galerie de portraits manquants.


Stéphanie Solinas initie des procédures, il y a en elle le démon de l'État civil : elle enregistre les Dominique Lambert, elle renvoie à la fiction le chantre de l'anthropologie physique, elle archive les restes des Disparus. De la maternité à la morgue, Stéphanie Solinas  recompose notre monde où le visage se donne comme le caractère infini du singulier. Elle est fascinée par le portrait d’identité jusqu'à créer le genre de l'anti-visage.